Votre chaîne de valeur est-elle une chaîne de destruction ?

Les chaînes d’approvisionnement étendues modernes (supply chain) symbolisent l’efficacité économique.

Mais cachent-elles, sous leurs promesses, des impacts destructeurs pour la société ? 

La "valeur" : une définition plus large est nécessaire

Classiquement, la valeur se résume au prix de revient diminué des coûts externes. 
Une vision client élargit cette définition : la valeur, c’est le prix qu’un consommateur accepte pour un produit apportant un bénéfice. 

Cependant, Marilyn Waring montre que l’économie classique omet des activités cruciales comme les services bénévoles, l’entretien personnel de vos biens, l’entre-aide communautaire ou l’éducation des enfants (voir l’encart en fin d’article et le lien vers son TEDx dans les sources) , Ces contributions, invisibles dans les calculs financiers, représentent pourtant un apport inestimable pour le bien-être collectif et individuel. 
La valeur devrait être définie comme "tout apport utile perçu comme bénéfique par les membres de la société". Cette définition éclaire mieux l’analyse. 

Téléphones intelligents : des chaînes de valeur mondialisées, mais fragmentées

Les smartphones illustrent parfaitement la complexité des chaînes globalisées. L’écran vient de Corée, la batterie de Chine, les semi-conducteurs de Taïwan. L’assemblage est réalisé au Vietnam, les minerais rares proviennent souvent du Congo, et l’emballage peut être produit en Indonésie.  Cette fragmentation maximise les profits grâce à l’exploitation des avantages régionaux, tout en minimisant artificiellement les coûts apparents. 
Cependant, les externalités négatives – pollution, conditions de travail, et ressources gaspillées – restent invisibles dans le calcul économique classique. 

 Le mirage de la création de valeur financière

Sur le plan financier, tout semble brillant. L’entreprise génère des marges confortables et satisfait actionnaires, salariés et consommateurs.  Mais en élargissant l’analyse, on découvre des impacts non pris en compte : pollution, épuisement des ressources, pertes de biodiversité, impacts sur la santé et scandales sociaux. Ces coûts cachés, bien réels, sont assumés par les gouvernements, les communautés locales, les générations actuelles et futures, mais pas par l’entreprise. 
Ce qui est présenté comme une "création de valeur" peut se révéler, dans de nombreux cas, une destruction nette au détriment de la société. 

 Les batteries au lithium : un exemple de destruction déguisée

Les batteries au lithium, indispensables aux smartphones et voitures électriques, illustrent bien le coût réel ignoré des chaînes de valeur.  En effet, l’extraction de lithium menace les communautés locales et leurs écosystèmes. Voici comment…


Comparaison des coûts du lithium
(sources en fin d’article)

Coût économique estimé :
   . 6 500 $CAD par tonne, incluant la main-d’œuvre et les dépenses d’énergie et traitement. 

Coût réel estimé :
. Eau : 1 500 000 $CAD par tonne, pour compenser un million de litres d’eau utilisés (1,5 $CAD/L). 
   . Restauration des écosystèmes : 2 000 $CAD par tonne, pour réparer les dégâts causés.
. Impacts sociaux : 1 500 $CAD par tonne, pour compenser durablement les populations affectées. 

Résultat :
Le prix économique (6,5 k$) sous-évalue gravement sa réalité (1,51 M$),
créant
un écart de 230 fois.



Ce décalage illustre comment la mondialisation minimise artificiellement les coûts au détriment des lieux, environnements et populations vulnérables. 

 Pilotage de la valeur : des métriques inadaptées 

Les entreprises pilotent leurs chaînes de valeur à l’aide d’indicateurs le plus souvent financiers : réduction des coûts et des délais, maximisation des marges. Les externalités sociales et environnementales sont en général ignorées. Ces omissions aggravent la destruction et réduisent la durabilité à long terme. 
Les tableaux de bord actuels ne mesurent pas les impacts réels des chaînes, ce qui rend impossible une prise de décision éclairée. 

 Réinventer la chaîne de valeur : des solutions concrètes

Transformons les chaînes de valeur, réévaluons leur définition. Voici quelques pistes à explorer : 

  1. Mesurer les externalités : Intégrer le coût total de possession (TCO : Total Cost of Ownership) et les impacts environnementaux et sociaux dans les outils de gestion.  (cf. sources en fin d’article :  exemple de référentiel pour le faire)

  2. Favoriser l’économie circulaire : Encourager le recyclage et la réutilisation des matériaux pour limiter le gaspillage et préserver les ressources.  Faites valoriser vos déchets et utilisez ceux des autres comme matière première.

  3. Renforcer la transparence : Cartographier les flux d’approvisionnement pour identifier et corriger les pratiques destructrices.  Informer les consommateurs.

  4. Responsabiliser les parties prenantes : Inciter les fournisseurs à adopter des pratiques durables, même si cela augmente les coûts initiaux. 

 Les attentes évoluent : êtes-vous prêt à relever le défi ?

Consommateurs, investisseurs et régulateurs exigent désormais des entreprises des engagements transparents et concrets en matière de durabilité : 

  • Ignorer ces enjeux, c’est risquer de perdre en compétitivité, en attractivité et en sens.

  • Y répondre, c’est une opportunité de devenir un acteur, voire un leader du changement. 

Pour ne pas transformer vos chaînes en chaînes de destruction, élargissez votre conception de la valeur. 

La rentabilité ne suffit plus. Elle doit s’aligner avec une empreinte écologique et sociale responsable.

Vous voulez agir maintenant pour un futur durable ?
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La thèse de Marilyn Waring,
ancienne députée de Nouvelle Zélande

Elle a déclaré à l’époque que le PIB est un indicateur imparfait qui ignore l'immense valeur du travail non rémunéré et de la préservation de l'environnement. Elle a observé en direct comment ce cadre comptable étroit faussait l'élaboration des politiques.
Elle rapporte que, dans de nombreux pays, le travail non rémunéré constitue le plus grand secteur économique, mais que les décideurs politiques restent aveugles à cette source de valeur cruciale.
Elle a ajouté que le PIB traite l'épuisement des ressources naturelles comme un point positif, alors que cela est pénalisant et sans effets mesurés (= les externalités).
Elle a ainsi encouragé des alternatives reflétant la véritable richesse des sociétés, par exemple : l’utilisation du temps, la qualité des systèmes naturels soutenant les populations, la priorité à l’usage de ressources renouvelables en moins  d’une génération. 

Note : la Nouvelle-Zélande, tout comme la Finlande, l’Islande, la France, l’Écosse, le Bhoutan…
 ont adopté des indicateurs en remplacement ou en complément du traditionnel PIB.
Ces métriques portent sur les thèmes suivants :

              •     Santé physique et mentale.
              •     Éducation et compétences.
              •     Qualité de l’environnement.
              •     Égalité et inclusion.
              •     Cohésion sociale.
              •     Empreinte écologique et durabilité.
              •     Satisfaction générale ou bonheur.

Au Canada, il existe l’ICB (indice Canadien du Bien-Être
et au Québec, l’IPQ (Indice de Progrès au Quebec).


🌎  Sources pour approfondir :

A.   Lithium I - Impacts de l’extraction et du raffinage du lithium sur l’environnement :
https://roulezelectrique.com/impacts-de-lextraction-et-du-raffinage-du-lithium-sur-lenvironnement-1-les-methodes-traditionnelles/

B.   Lithium II :- Impact environnemental de l’exploitation minière du lithium :
https://sigmaearth.com/fr/impact-environnemental-de-l%27exploitation-mini%C3%A8re-du-lithium-un-aper%C3%A7u/ 

C.  Lithium III - Lithium, la ruée vers “l’or blanc” :
https://www.socialter.fr/article/lithium-ruee-or-blanc 

D.  Lithium IV - L’extraction de lithium en France :
https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/lithium-comment-lextraire-en-france-118716/

E.   Marilyn Waring – TED talk :
https://www.youtube.com/watch?v=zIVqhxFEHZw.)

F.    Canada & Quebec – Indices de bien-être /progrès
https://statistique.quebec.ca/fr/document/indicateurs-progres-quebec?utm_source=chatgpt.com
https://nccdh.ca/fr/resources/entry/canadian-index-of-wellbeing?utm_source=chatgpt.com 

G.  Value Balancing Alliance – Un cadre pour valoriser les impacts non financiers
https://www.dropbox.com/scl/fi/zamwyh4glv49fzqthofsv/USA-2024-12_Externalities_Impact-Statement-by-VBA.pdf?rlkey=9c9xknlqbdzv4cnbxpkq97uuy&dl=0




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